Jazz Magazine

Op.Ct et Magic Malik / Pavages pour l’aile d’un papillon / CD Onze Heures Onze / Absilone
NOUVEAUTE. Pas de frivolité, pas le moindre effet de mode ici, mais de la musique qui sort du ventre et de la tête pour cette rencontre entre un quatuor à cordes et un quartette de jazz.

Les premières minutes introductives, à la flûte seule, font songer à la sérénité d’un alap, ce prélude méditatif des ragas indiens : même façon de prendre son temps, d’exposer les couleurs et l’éthos de la pièce. D’emblée, la flûte et la voix déchirantes de Malik Mezzadri nimbent-elles cette longue plage d’une aura peu commune -qui justifie bien le nom de scène qu’il s’est choisi… L’intensité de l’interprétation du quatuor à cordes prolonge ensuite cette impression. Ce n’est qu’au premier quart de la pièce que le trio rythmique s’ajoute aux précédents musiciens. Plus le temps avance, plus le climat se tend, plus les harmonies se densifient. On en comprend la raison à la lecture des notes d’informations accompagnant l’album :  » les deux plans d’écriture [celui du quatuor à cordes, et celui de l’autre quartette] sont liés par un matériel polyphonique et polyrythmique basé sur l’indifférence aux déphasages, comme des plans pouvant glisser les uns sur les autres. Le résultat est délicieusement envoûtant, ambigu à souhait. « Pavages pour l’aile d’un papillon » constitue une preuve supplémentaire que le plafond de verre que certains continuent de vouloir maintenir entre jazz et musique contemporaine s’est effondré -l’absence de séparation entre les genres est décidément l’estampille des créateurs de notre temps, et Magic Malik est un maître de notre époque.

Ludovic Florin, Jazz Magazine, Mars 2017